Adolescence du chien : la phase qu'on accuse trop vite de tout

Mélyne · Dernière mise à jour :  · 15 min de lecture

Jeune chien adolescent en extérieur, attentif, à la sortie de sa phase chiot

Pourquoi l'adolescence a si souvent bon dos

Le réflexe « c'est l'âge, ça va passer »

Vous avez sûrement déjà entendu cette phrase, peut-être même de la bouche d'un professionnel : « C'est l'adolescence, soyez patient, ça va passer. » C'est rassurant, ça déculpabilise, et ça a un défaut majeur : ça n'aide personne. Votre chien de huit, dix ou douze mois s'est mis à ignorer le rappel, à tirer comme un fou, à sauter sur tout le monde, et on vous explique qu'il faut attendre.

J'accompagne régulièrement des propriétaires qui arrivent avec exactement ce discours en tête. Et dans la quasi-totalité des cas, ce que je vois sur le terrain n'a rien d'une crise hormonale mystérieuse. Ce sont des trous dans les bases, qui existaient déjà avant, et qui sautent aux yeux maintenant que le chien a la taille, l'énergie et l'assurance pour les exploiter.

Ce que cette explication permet d'éviter de regarder

Le problème avec « c'est l'âge », c'est que ça referme la discussion. Tant qu'on tient l'adolescence pour responsable, on n'a pas à se demander si le cadre était clair, si les besoins du chien suivaient sa croissance, si tout le monde à la maison appliquait les mêmes règles. On attend et on se déresponsabilise.

Les vraies causes derrière « mon chien adolescent n'écoute plus »

Une incohérence familiale qui finit par se voir

Le chien est un opportuniste remarquable. Il analyse chaque membre du foyer, repère qui laisse passer quoi et ajuste son comportement en conséquence. Tant qu'il est petit et peu encombrant, ces petits arrangements passent inaperçus. À l'adolescence, avec le gabarit et l'assurance qui vont avec, ils deviennent flagrants.

Quand l'un autorise le canapé et l'autre l'interdit, quand l'un reprend un ordre resté sans réponse par-dessus l'autre, le chien ne sait plus sur quel pied danser. Il finit par perdre ses repères et devient imprévisible parce qu'il navigue entre des règles qui se contredisent. Ce n'est pas lui qui a changé à l'adolescence : c'est le brouillard qu'il subit depuis le début qui devient ingérable. S'il estime que les règles ne sont plus fiables, il prendra lui-même les décisions.

Un cadre flou depuis le début, simplement davantage visible aujourd'hui

J'ai accompagné un staffie de dix mois, très gentil, sans aucune problématique lourde. Il sautait sur les invités, attrapait les manches, aboyait pour réclamer de l'attention. Rien de dramatique et pourtant ses propriétaires se sentaient débordés. En creusant, le constat était simple : le cadre éducatif n'avait jamais été assez structuré. Le chien ne savait pas ce qu'on attendait de lui, alors il proposait ce qu'il connaissait, c'est-à-dire monter en excitation pour obtenir une réaction.

Ce genre de situation n'a rien à voir avec la puberté. Le chien a juste grandi et un comportement qui faisait sourire à trois mois devient pénible à dix.

Une socialisation incomplète qui se paie maintenant

La fenêtre d'imprégnation se referme vers quatre mois et demi. Tout ce que le chiot n'a pas rencontré pendant cette période peut devenir, plus tard, une source de méfiance ou de réaction. Le souci, c'est que ça ne se voit pas tout de suite. Un chiot mal socialisé reste mignon et gérable un moment. Puis arrive l'adolescence et une mauvaise gestion des émotions de voit tout de suite.

Attention, l'excès dans l'autre sens existe aussi. J'ai suivi un jeune chien arrivé en pleine adolescence dont la réactivité venait d'une hyper-socialisation mal cadrée étant petit : il avait passé tellement de temps en contact prolongé avec d'autres chiens qu'il était devenu incapable de renoncer à eux. Dès qu'il en voyait un, il se figeait, fixait, tirait. Là encore, l'âge n'était que le révélateur d'un travail mal posé en amont.

Des besoins qui ont grandi avec lui sans qu'on s'en aperçoive

Un chiot se contente de peu. En grandissant, ses besoins de dépense physique, de mastication, de jeu, d'interaction et surtout de réflexion explosent. Beaucoup de propriétaires gardent le même rythme de sorties qu'au début, alors que le jeune chien, lui, aurait besoin de bien plus. Un chien qui ne se dépense pas assez, surtout mentalement, déborde d'une énergie qu'il évacue comme il peut : destructions, agitation, écoute en chute libre.

C'est là que vous vous retrouvez avec un chien qui rentre de balade encore surexcité, parce que la balade en question n'a rien fatigué du tout. Faire réfléchir un chien le fatigue dix fois plus que de le faire courir. Et un chien réellement fatigué dans sa tête est un chien beaucoup plus disponible pour vous écouter.

Quand le jeune chien prend de l'assurance et s'octroie des libertés

Une prise de confiance naturelle à cet âge

Il y a bien quelque chose de réel à l'adolescence : le chien gagne en confiance. Il connaît son environnement, il a pris du volume, il ose davantage. Mais attention au mot « test ». On entend partout que le chien adolescent « teste vos limites » ou « cherche le rapport de force ». Ce n'est pas comme ça que ça se joue dans sa tête.

Le chien ne complote pas contre vous. Il constate tout simplement qu'il peut s'autoriser des choses là où vous ne tenez plus fermement les règles. Là où l'acquis est solide, il continue de suivre. Là où c'est devenu flou, il prend ses aises. C'est mécanique, pas malveillant. Mais attention car « là où vous ne tenez plus fermement les règles » ne signifie pas devenir soudainement plus dur lors de l'adolescence de votre chien. Cela signifie simplement maintenir un cadre et continuer de progresser sur ses acquis de chiot.

Les acquis qui s'effritent quand on ne les entretient plus

Voici une erreur que je vois en permanence : on apprend un comportement au chiot, il le « maîtrise » (ou au moins le connaît), alors on arrête de le récompenser et de l'entretenir. Sauf qu'un comportement qu'on ne valorise plus finit par s'éteindre. Le chien y trouve de moins en moins d'intérêt et un beau jour il ne le propose plus.

Le rappel impeccable du chiot de quatre mois n'est pas gravé dans le marbre. Si vous avez cessé de le rendre intéressant, il s'érode et c'est précisément à l'adolescence, quand l'environnement devient mille fois plus attirant que vous, qu'on s'en aperçoit.

À force de trop parler, vos ordres ne veulent plus rien dire

En balade, beaucoup de propriétaires parlent sans arrêt à leur chien. « Allez, viens, non, attends, regarde, ici, doucement, viens je t'ai dit. » Avec les meilleures intentions du monde, vous noyez vos ordres dans un flot continu et le chien finit par filtrer votre voix comme un bruit de fond. Vos mots ne veulent plus rien dire.

J'ai travaillé avec un jeune chien qui se perdait littéralement dans les sollicitations verbales de ses maîtres en extérieur : trop d'informations, plus aucune concentration. On a allégé la parole, gardé les mots pour les moments qui comptent et son écoute est remontée d'un coup. Moins vous parlez en travaillant, plus chaque mot reprend de la valeur.

Reprendre les bases au lieu d'attendre que ça passe

Pourquoi laisser couler enracine de nouvelles habitudes

Chaque jour compte dans le mauvais sens comme dans le bon. Un chien qui tire et qui arrive quand même où il veut apprend que tirer marche. Un chien qui aboie et qui obtient une réaction apprend que l'aboiement paie. Plus vous laissez filer, plus le comportement se valide tout seul et se grave.

C'est pour ça que « attendre que l'adolescence passe » est le pire conseil possible. Pendant ce temps, le chien ne fait pas une pause : il consolide tout ce que vous voudriez voir disparaître.

Le piège du « il a changé à l'adolescence » qui déresponsabilise

Six mois plus tard, le même propriétaire dira « il a complètement changé à l'adolescence, je n'y peux rien ». Et c'est faux. Le chien n'a pas changé tout seul. Les habitudes qu'on l'a laissé prendre l'ont amené là, souvent sans qu'on s'en rende compte.

Je le dis sans culpabiliser personne, parce que tout le monde fait des erreurs. Mais le constater change tout : si c'est vous qui l'avez, involontairement, amené là alors c'est aussi vous qui pouvez l'en sortir. La solution est entre vos mains, pas dans une attente ou de faux conseils où l'on espère que le temps fasse le travail.

Saturer les besoins avant d'exiger quoi que ce soit

On ne peut rien demander de propre à un chien qui déborde d'énergie. Aucun apprentissage ne tient sur un chien qui n'a pas dépensé son trop-plein, physique et mental. Avant de retravailler l'obéissance, comblez les besoins : une vraie balade où il renifle, explore, réfléchit, joue, interagit.

Travailler le renoncement et l'auto-contrôle au quotidien

Le cœur du travail à cet âge, c'est la capacité du chien à se contrôler et à renoncer. Un chien qui n'a jamais appris à renoncer est en permanence déstabilisé : il veut tout, tout de suite. C'est là que vous vous retrouvez avec un chien adolescent qui aboie avec insistance pour obtenir quelque chose, qui tire pour aller voir un copain, qui n'arrive pas à patienter.

L'auto-contrôle se travaille comme un muscle, par de petits exercices répétés. Faire patienter devant la gamelle, demander un regard avant d'autoriser l'accès à ce qu'il veut, apprendre à se poser face à une balle lancée sans se précipiter. Avec les jeunes chiens que j'accompagne, ce sont ces exercices en apparence anodins qui débloquent le plus de choses, parce qu'ils apprennent au chien à réfléchir avant d'agir.

Restaurer le suivi naturel plutôt que crier plus fort

Quand le rappel se dégrade, le réflexe est de crier plus fort, de répéter, de s'énerver. Ça ne fonctionne pas. Ce qu'il faut retrouver, c'est le suivi naturel : cette tendance instinctive du chien à rester connecté à vous, à vous suivre par envie et non sur ordre. La longe est précieuse pour ça. Elle offre de la liberté au chien tout en vous permettant de retravailler la connexion sans jamais le mettre en échec total.

Un chien qui vit de belles choses avec vous en balade n'a aucun intérêt à vous planter. C'est en redevenant l'élément le plus intéressant de la sortie, plutôt que le rabat-joie qui crie au loin, qu'on récupère un chien adolescent.

Ce que les hormones changent réellement (et ce qui ne dépend pas d'elles)

Le vrai poids des changements physiologiques

Les hormones existent, je ne vais pas prétendre le contraire. Chez certains chiens, notamment les mâles entiers, on observe une envie de se montrer, un peu de provocation entre congénères du même sexe. Mais ces changements influencent le comportement à la marge. Ils ne créent pas, à eux seuls, le chien ingérable que les propriétaires décrivent !

Un chien qui ne tire pas, qui écoute et qui gère ses émotions ne devient pas subitement incontrôlable parce que ses hormones montent. Au pire, vous verrez quelques comportements de parade qu'il suffit de ne pas laisser s'installer.

Pourquoi un chien stable le reste à cet âge

C'est l'observation qui résume tout : un chien chez qui les bases sont solides traverse l'adolescence sans drame. Les hormones ne fabriquent pas de problème là où le cadre tient. Elles amplifient légèrement ce qui existe déjà.

Si votre chien part en vrille à cet âge, ce n'est donc pas la fatalité hormonale qu'il faut regarder en premier, mais ce qui n'a pas été posé avant. La bonne nouvelle, c'est que ça, contrairement aux hormones, ça se travaille.

Les troubles qu'on met à tort sur le dos de cette période

La fugue, presque toujours un défaut de lien social

Un jeune chien qui commence à fuguer, on met ça sur le compte de l'adolescence et de l'appel des hormones. Dans les faits, la fugue est presque toujours le signe d'un lien social insuffisant ou de besoins non comblés. Le chien qui s'ennuie, qui manque de liberté, ou qui n'a jamais construit un vrai suivi avec ses maîtres cherche ailleurs ce qu'il ne trouve pas à la maison.

Le chien qui sort par un portail resté ouvert n'a rien d'un fugueur ; il profite simplement d'une occasion. La vraie prévention ne tient pas à la hauteur de la clôture, mais à la solidité du lien. Un chien qui vit de belles aventures avec vous n'a pas de raison d'aller voir ailleurs.

L'anxiété de séparation qui apparaît et la stérilisation qu'on accuse à tort

J'ai suivi une jeune chienne de onze mois chez qui les destructions et l'angoisse de la solitude sont apparues d'un coup. Le réflexe facile : « c'est l'adolescence » ou « c'est la stérilisation ». La réalité était plus précise. Ces troubles ont suivi une succession de changements : une stérilisation avec baisse d'activité, puis une présence constante des propriétaires pendant les périodes de fêtes, et enfin une reprise brutale du travail. En cause, ni l'âge ni l'opération en soi, mais cet enchaînement, qui avait fragilisé son rapport à la solitude.

On accuse souvent la stérilisation de « changer le caractère ». Le plus souvent, ce qui a vraiment changé, c'est le quotidien autour de l'opération. Et ça, ça se retravaille, étape par étape.

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À propos de Mélyne

Éducatrice & comportementaliste canin · Bordeaux

Passionnée par la relation entre l'humain et le chien, j'accompagne les propriétaires dans l'éducation et la rééducation de leur chien, quelle que soit la problématique.

Questions fréquentes sur l'adolescence du chien

À quel âge l'adolescence du chien se termine-t-elle vraiment ?

Ça dépend beaucoup du gabarit et de la race. En gros, l'adolescence démarre vers six à huit mois et s'étire jusqu'à un an et demi à deux ans pour les grands chiens, parfois moins pour les petites races. Mais la vraie réponse c'est qu'il ne faut pas attendre la fin de cette période comme une délivrance. Les comportements ne se règlent pas en soufflant les deux bougies. Ce qui aura été travaillé pendant l'adolescence restera, ce qu'on aura laissé filer aussi. La date de fin compte beaucoup moins que ce que vous faites pendant.

Faut-il revoir les règles à la maison à cette période ?

Pas tant les revoir que les tenir vraiment. Si votre chien commence à s'autoriser des libertés, c'est rarement parce que les règles sont mauvaises, c'est qu'elles ne sont plus appliquées avec constance, ou pas par tout le monde de la même façon. Le point le plus important reste la cohérence entre les membres du foyer : mêmes interdits, mêmes autorisations. Un chien qui reçoit des messages contradictoires devient imprévisible. C'est souvent là, plus que dans une règle précise, que se cache le vrai chantier à cet âge.

La castration peut-elle aider à passer le cap plus facilement ?

Il faut être clair : la castration n'a pas pour effet direct de calmer un chien. Elle stoppe la reproduction, fait baisser la testostérone et monter les œstrogènes, rien de plus côté comportement. Dans certains cas précis de réactivité liée aux hormones entre mâles, faite au bon moment, elle peut apporter un coup de pouce. Mais c'est rarement une solution à un problème d'éducation et je la déconseille régulièrement quand on me la présente comme la réponse miracle à un chien mal cadré. Si besoin, un implant chimique permet de tester l'effet avant toute décision définitive. Le travail de fond, lui, reste indispensable.

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